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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 14:40
FO «Nous préparons la riposte face à Booking.com et Expedia», Sébastien Bazin, P-DG d'AccorHôtels

 

C'est peu de dire qu'il était attendu au tournant. Quand Sébastien Bazin a pris les rênes d'Accor à l'été 2013, tout le monde a crié casse-cou. Deux ans plus tard, l'ex-financier spécialisé dans l'immobilier est en train de réussir la transformation du leader européen du secteur. Il ouvre un hôtel tous les deux jours.

Capital : AccorHotels a renoué avec la croissance. Quelle est votre recette ?
Sébastien Bazin : J'ai présenté fin 2013 un plan à trois ans qui avait deux objectifs. D'abord, simplifier notre organisation en distinguant clairement nos activités : la gestion d'hôtels avec HotelServices et l'investissement hôtelier avec HotelInvest. Ensuite, montrer que, dans chacun de nos métiers, nous pouvions simplifier les process et créer plus de valeur. En 2014, le résultat opérationnel a progressé de 20%, et au premier semestre 2015 de 23%.

Capital : On vous a soupçonné de vouloir, à terme, céder tous les murs.
Sébastien Bazin : Plus personne ne songe aujourd'hui à nous faire ce faux procès.

Capital : Quelle est néanmoins votre politique en ce domaine ?
Sébastien Bazin : Il y a un fil rouge très simple. Nous avons vocation à redevenir investisseur en Europe, sur l'hôtellerie économique et moyenne gamme, qui est génératrice de cash-flow régulier. Et ceci dans les grandes villes. Ailleurs dans le monde, nous privilégions notre activité d'opérateur, parce que les risques sont plus élevés.

Capital : En quoi l'hôtellerie a-t-elle changé ?
Sébastien Bazin : Le cœur du métier reste la relation entre un hébergeur et un client. Ce qui change, c'est que ce client est de plus en plus exigeant et informé : il veut un accueil personnalisé, alors que pendant cinquante ans des groupes comme AccorHotels ont élaboré des produits à marque, normés et standardisés. Nous sommes entrés dans le domaine de l'émotion.

Capital : Concrètement, cela change quoi ?
Sébastien Bazin : Du projet de voyage jusqu'au départ du client de l'hôtel, nous avons identifié sept étapes dans une prestation hôtelière. Or, jusqu'à présent, nous n'en couvrions que trois : la réservation, l'hébergement et la fidélisation. Nous nous intéressons maintenant aux autres étapes. Le choix de la destination, avec sa part de rêve ; le comparateur de prix ; les services associés (location de voiture, itinéraires, etc.) grâce notamment à l'application Wipolo, que nous venons de racheter ; le partage d'expérience à la manière de TripAdvisor et des réseaux sociaux.

Capital : Vous prévoyez d'investir 225 millions d'euros sur cinq ans dans le numérique.
Sébastien Bazin : Facebook est en contact avec son client trois fois par jour. Les hôteliers, deux à trois fois par an. Nous devons augmenter la fréquence de nos échanges, avoir davantage de viralité.

Capital : Vous êtes attentifs aux avis sur TripAdvisor ?
Sébastien Bazin : AccorHotels est le premier groupe mondial à les avoir publiés sur son site en 2010 et à l'époque nos concurrents internationaux nous ont fait la leçon. Nous avons été parmi les premiers à intégrer, en début d'année, leur plate-forme de réservation. Ces avis sont fiables, même si nous les croisons avec nos propres enquêtes de fidélité. Et nous en tenons compte dans la rémunération de nos cadres.

Capital : Le ralentissement chinois et la récession au Brésil vous inquiètent-ils ?
Sébastien Bazin : Le groupe est implanté dans 92 pays et ouvre un hôtel tous les deux jours. Les aléas économiques n'ont jamais stoppé son développement. Sur le moyen terme, 50% de notre réserve de croissance se trouve en Asie-Pacifique, qui représente déjà 25% du réseau.

Capital : Quels pays ?
Sébastien Bazin : La Chine, bien sûr, où nous avons pour la première fois décidé de nous développer avec l'aide d'un master franchisé, le groupe Huazhu. Je crois aussi au potentiel considérable de l'Inde, où nous avons un partenariat à 50/50 avec la famille Rahul Bhatia, cofondatrice de la compagnie aérienne IndiGo. D'autres zones sont très prometteuses : l'Iran, l'Afrique, où nous sommes déjà leader et allons mettre les bouchées doubles. Avec Ibis, nous sommes vraiment un acteur du développement économique local, nous accompagnons l'émergence des classes moyennes.

Capital : Comment échapper à l'hégémonie de Booking.com ou d' Expédia ?
Sébastien Bazin : 70% des clients loisirs et affaires débutent leur recherche par Internet. Ensuite, seulement la moitié d'entre eux réservent en ligne. Et dans ce cas, essentiellement sur Booking.com ou Expedia. L'enjeu pour AccorHotels, c'est de créer un portail aussi efficace et attractif que le leur. Nous venons de créer une plate-forme ouverte aux hôteliers indépendants.

Capital : Vous aurez du mal à vous aligner sur les 600.000 hôtels de Booking.com.
Sébastien Bazin : Nous voulons sortir de l'hyperchoix. En réalité, la plupart des gens ne vont pas au-delà de la troisième page. L'essentiel du business se fait sur 300 villes.

Capital : Combien d'hôtels visez-vous ?
Sébastien Bazin : Nous visons 6.500 hôtels en 2018 en plus des 3.500 d'AccorHotels. D'ores et déjà, nous avons reçu plus de 500 candidatures non sollicitées : les professionnels sont très intéressés. On sera sélectif. Chaque hôtel sera visité et nous tiendrons compte des avis sur TripAdvisor.

Capital : Avec la loi Macron, les hôteliers retrouvent leur totale liberté tarifaire vis-à-vis des centrales Internet. Satisfait ?
Sébastien Bazin : C'est une belle victoire. Il est normal que celui qui prend tous les risques fixe les prix et les conditions commerciales. On remet l'église au milieu du village.

Capital : Qu'allez-vous faire ?
Sébastien Bazin : Je ne vais pas demander aux centrales de vendre 110 euros une chambre que je propose à 100. En revanche, les clients qui passent par Accorhotels.com pourront bénéficier de notre programme de fidélité pour payer moins cher ou obtenir des avantages.

Capital : Cette nouvelle liberté ne s'applique pour l'instant qu'en France.
Sébastien Bazin : Nous souhaitons qu'elle soit adoptée partout en Europe. L'Italie, l'Allemagne, la Norvège vont déjà dans cette direction.

Capital : Airbnb est-il un concurrent déloyal ?
Sébastien Bazin : Accueillir le voyageur chez soi, c'est une formidable idée. Mais quand ce sont des investisseurs institutionnels qui, comme à New York, proposent de l'hébergement sur son site, Airbnb perd son âme. Là, ils doivent être soumis aux mêmes règles, en matière d'hygiène, de sécurité, de taxes.

Capital : Comment une entreprise réussit-elle sa mutation numérique ?
Sébastien Bazin : Chez nous, le patron du digital n'est pas un patron de division parmi d'autres. Il est aussi en charge des ventes, de la distribution et du marketing. C'est comme cela que l'on va vite.

 

Propos recueillis par Christophe David

 

 

 

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Hommage à Léon Jouhaux

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

  1879-1954


  « Pour remplir sa mission, le syndicalisme doit conserver son entière personnalité.
Il
ne peut ni ne doit s’inféoder à aucun parti politique. »

 

Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.