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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 20:12
FO Accor vous informe:Les bonnes affaires des hôtels de la misère

Ahmadzai (à g.), Fazilrahman (2e en partant de la g.) et Azizrahman (à dr.) avec un ami, mi-décembre. Ces migrants afghans d’une vingtaine d’années vivent à l’hôtel F1 de la porte de Montmartre (Paris 18e) depuis octobre 2015.

 

Parce que la France manque de centres d’accueil, nombre de réfugiés sont hébergés à l’hôtel. Une solution inadaptée qui enrichit certains hôteliers, mais coûte cher à l’Etat : 154 millions d’euros par an, selon notre estimation.

 

Une ambiance trompeuse de colonie de vacances règne au cinquième étage de l’hôtel F1 Paris-porte de Montmartre. Depuis le long couloir gris, on entend des jeunes gens discuter, plaisanter, le son de la télévision. Leur voyage, entamé au début de l’été 2015 en Afghanistan, s’est achevé ici, au seuil de Paris.

Originaires de Baghlan, au nord de la capitale Kaboul, Fazilrahman, 21 ans, son frère Azizrahman, 19 ans, et leurs amis Ahmadzai et Safiullah, sont arrivés en France fin septembre, pour fuir la guerre et demander l’asile. « Les talibans voulaient que je fasse le jihad à leur côté », témoigne Azizrahman. Alors ils sont partis ensemble, ont traversé l’Iran, la Turquie, la Méditerranée sur un canot pneumatique, atteint la Grèce, parcouru la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne et enfin la France, pour arriver à Paris. Ils ont d’abord trouvé refuge au squat du lycée désaffecté Jean-Quarré (19e), évacué par la police fin octobre, puis dans un parc, avant d’être envoyés par l’entreprise sociale Groupe SOS, mandatée par l’Etat, dans ce gigantesque hôtel de huit étages, au bord du périphérique. Ils y vivent depuis début octobre. Quelque 195 demandeurs d’asile (Afghans, Syriens, Erythréens...) y sont installés, selon le Groupe SOS, en espérant une future place en centre d’accueil. Pour combien de temps ? « Nous ne savons pas », confie Fazilrahman.

Pour l’Etat, qui règle la note à de multiples petits gérants et grandes chaînes (F1, Lemon Hotel…), l’addition est salée et ne cesse de gonfler. Pour ce qui concerne l’hébergement à l’hôtel des réfugiés, demandeurs et déboutés du droit d’asile, elle s’est élevée, selon notre estimation, à 154 millions d’euros (au total) en 2014. Cette somme se décompose en deux parties. D’abord, un programme appelé « Hébergement d’urgence des demandeurs d’asile », qui a reçu 175 millions d’euros cette année-là. Selon un rapport de la sénatrice écologiste Esther Benbassa, la moitié de ce montant est habituellement consacrée aux nuitées hôtelières, soit 88 millions d’euros. Ensuite, le financement des nuitées hôtelières du Samu social. En 2014, celui de Paris (le principal) a permis d’héberger quotidiennement 32 300 personnes, dans quelque 600 hôtels. Une enquête sociologique, baptisée Enfams et parue en 2014, permet d’estimer qu’environ 33 % d’entre elles (soit 10 700) avaient fui leur pays car elles se sentaient menacées (demandeurs d’asile, réfugiés avec un titre de séjour valide, déboutés du droit d’asile…). A 17 euros la nuit par personne en moyenne (selon le Samu social), la somme atteint 66 millions d’euros sur un an. Une bien mauvaise affaire pour l’Etat. « Loger une famille de trois personnes dans une chambre d’hôtel de 13 mètres carrés revient à 1 500 euros par mois », calcule Erwan Le Méner, sociologue à l’Observatoire du Samu social de Paris.

Selon un référé de la Cour des comptes publié le 20 octobre dernier, « le financement de l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile est en augmentation de 106 % » entre 2009 et 2013. Quant aux crédits alloués au Samu social, « la dépense d’hébergement d’urgence a progressé de 89 % entre 2009 et 2014, en raison notamment de la prise en charge des personnes déboutées du droit d’asile », ajoutent les auteurs. L’hôtel, supposé être une solution de court terme pour des familles à la rue, est devenu un mode d’accueil durable des populations défavorisées.

Le phénomène débute à la fin des années 1990, quand des familles sans abri (et non plus des hommes seuls) commencent à appeler le 115 (numéro d’urgence du Samu social). « A l’époque, une centaine de places étaient prévues à l’hôtel. Aujourd’hui, on en est à environ 36 000, en additionnant les différents samus sociaux d’Ile-de-France », précise Erwan Le Méner. Les effets conjugués de la crise économique et de la crise migratoire ont fait s’envoler les besoins, mais le système d’accueil n’a pas suivi. Seuls 36 % des demandeurs d’asile trouvent un lit dans les Centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada). Les créations de places annoncées cette année (5 000 en 2015, 8 630 en 2016, qui s’ajoutent aux 25 000 existantes début 2015) ne combleront pas le manque, d’autant que les demandes d’asile ont augmenté de 22 % en 2015 (79 130 dossiers). A ce déficit s’ajoute la question des sans-papiers (déboutés du droit d’asile, par exemple), pour qui le 115 est souvent la seule solution pour trouver un toit. Début juin, la ministre du Logement, Sylvia Pinel, a bien lancé un plan pour diminuer le recours à l’hôtel (13 000 lits seront ouverts en trois ans dans des dispositifs alternatifs), mais cela ne suffira pas. « En finir avec l’hôtel va nous prendre dix ou vingt ans », tranche Christine Laconde, directrice générale du Samu social de Paris.

 

Une manne pour les hôteliers

 

En attendant, chaque soir, un lit d’hôtel sur sept en Ile-de-France est occupé par des pensionnaires du Samu social. Une manne pour les hôteliers, qui accueillent ces clients peu exigeants avec l’assurance d’être payés. « Grâce au social, le taux d’occupation d’un établissement peut frôler les 100 %, un argument clé pour un patron qui veut vendre son affaire », relève Erwan Le Méner. « On faisait 60 chambres en social et on en laissait juste quelques autres disponibles pour ne pas perdre la qualification hôtellerie », se souvient un ancien gérant d’un établissement de chaîne. « A 32 euros la chambre, ça me faisait près de 1 000 euros par chambre chaque mois, 60 000 de chiffre d’affaires mensuel », précise ce dernier. Les chaînes préfèrent minimiser l’importance de cette clientèle. « Nous ne travaillons avec le Samu social que sur une quinzaine d’hôtels F1 en Ile-de-France, sur 238 en France. Ça reste marginal », affirme Carina Alfonso, une porte-parole du groupe Accor. Chez le concurrent, Lemon Hotel, qui compte 20 établissements en France, « ça dépend des saisons. Je ne peux pas vous donner un pourcentage, mais aucun hôtel n’est occupé à 100 % par du social », assure le directeur, David Dassin. Ces groupes ne sont pas les seuls bénéficiaires de ce juteux marché. Débordé par les appels, le Samu social a recours à des centrales de réservation pour trouver en urgence des lits en Ile-de-France. « En décembre 2011, 60 % des placements passaient par ces centrales, aujourd’hui, ce n’est plus que 45 % », se réjouit Christine Laconde. La commission touchée serait de l’ordre de 2 euros la nuitée. « C’est dans ces eaux-là », concède Pascale Prigent, directrice adjointe de l’un des plus gros prestataires, Voyages Services Plus. Sur la base de cette estimation, l’enveloppe totale, partagée entre les différents sous-traitants, avoisinerait les 9,4 millions d’euros annuels.

Si le recours à l’hôtel fait le bonheur de ces sociétés privées, il est beaucoup moins intéressant pour ceux qui y logent, parfois pour plusieurs années : selon l’enquête Enfams, 80 % de ces familles vivent sous le seuil de pauvreté, autant sont en insécurité alimentaire, 29 % des mères souffrent de dépression, 13 % des enfants ne vont pas à l’école (dix fois plus que la moyenne nationale). A Vigneux-sur-Seine (Essonne), Nayale vit depuis près de six mois avec son mari et ses enfants, Youssouf, 2 ans et demi, et Lassana, 15 mois, dans deux petites chambres du Lemon Hotel. « Nous avons passé sept mois dans un autre hôtel, à Trappes (Yvelines). Ici, c’est mieux, c’est propre et il y a une cuisine en bas », précise la jeune Ivoirienne. Le gérant est apprécié des résidents, pour la plupart des familles étrangères (Mali, Algérie, Nigeria, Côte d’Ivoire) envoyées par le Samu social.

Mais le quotidien est difficile dans cette zone industrielle, à trente minutes à pied du centre. Nayale et son mari n’ont pas de travail, comme Ernest et Loveth, venus du Nigeria avec leur fille Destiny (3 ans), à l’étage du dessous. « C’est difficile de nettoyer, de ranger, ce n’est pas une maison », regrette Loveth. Les vêtements s’entassent sur les matelas, les lessives se font dans un petit lavabo. Seule la télé permet de tromper l’ennui. « C’est déprimant, ajoute-t-elle, ce n’est pas une vie. »

Source: Le Parisien

Axelle De Russé

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

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  « Pour remplir sa mission, le syndicalisme doit conserver son entière personnalité.
Il
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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.