A croire qu’elles n’y ont vraiment pas mis du leur. Mardi, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, a donné le nom de deux entreprises qui, après avoir été épinglées lors d’un testing portant sur les discriminations à l’embauche, n’ont pas réussi à convaincre le gouvernement quant à leur volonté d’améliorer leurs pratiques. Les deux bonnets d’âne présentant, selon la ministre, «un risque élevé de discrimination» sont les groupes Courtepaille et AccorHotels.

Sans vouloir «les clouer au pilori», Myriam El Khomri, qui n’avait pourtant pas fait du «name and shame» (pratique consistant à rendre public le nom des entreprises non vertueuses) sa priorité, a donc fini par dévoiler l’identité de ces deux sociétés. Le but : «Les mettre face à leurs responsabilités pour qu’elles se mobilisent à la hauteur de cet enjeu», a-t-elle défendu, à l’occasion d’un événement intitulé «Halte aux discriminations selon les origines : les entreprises s’engagent».

Tout avait pourtant été prévu pour que les 40 grandes entreprises «testées» dans le cadre de cette opération, lancée en 2016 par le gouvernement et basée sur l’envoi de candidatures portant des noms à consonance différente, s’en sortent sans trop d’encombres. Lors de la publication, en décembre, des résultats, qualifiés de «souvent accablants» par la ministre, douze entreprises présentant des écarts «significatifs» en défaveur des candidatures «maghrébines» avaient été identifiées. Mais pas question, alors, de donner leur nom : une seconde chance leur était offerte : «Présenter un plan d’actions conséquent pour corriger leurs pratiques». Accompagnées par un cabinet, Vigeo Eiris, elles ont donc eu plus de deux mois pour présenter des pistes d’amélioration. Or, seules dix d’entre elles ont été en mesure de les fournir avec un «niveau d’assurance raisonnable», selon le jargon du cabinet ministériel.

 

Si les groupes AccorHotels et Courtepaille obtiennent des «notes» jugées insuffisantes, difficile d’en savoir plus sur les points qui ont joué en leur défaveur. Manque de volonté pour lutter contre les discriminations fondées sur l’origine ? «Pour certaines entreprises, ce n’est pas un enjeu fondamental», pointe le cabinet Vigeo Eiris. Autre explication possible : l’intériorisation des stéréotypes. De son côté, AccorHotels, interrogé par l’AFP, se défend en remettant en cause «les résultats de ce testing, qui a porté sur 38 hôtels en France, […] sont clairement insuffisants» et «ne reflètent pas» son engagement «en matière de diversité et d’inclusion». Quant au groupe Courtepaille, il se dit «surpris d’être cité de cette manière dans ce rapport».

 

Amandine Cailhol liberation