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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 21:48

 gilles pelissonLe 2 novembre, le conseil d'administration du groupe hôtelier actait le départ de son PDG, Gilles Pélisson. Son successeur arrive mercredi prochain aux commandes. Retour sur les raisons profondes d'un débarquement inattendu. 

Ce mercredi 13 octobre, Gilles Pélisson est dos au mur. Le PDG d'Accor, qui se voit à la tête du groupe hôtelier encore « un an ou deux », fait face à ses administrateurs à l'occasion d'un séminaire sur la stratégie. Même si la décision n'est pas prise formellement, il est déjà condamné et le sait. La séance n'en sera que plus pénible. Le dirigeant doit répondre à un flot de questions, entre autres sur les marques et sur le développement en Asie et en Chine en particulier. « C'était un inventaire, on ne voyait pas la stratégie », raconte un participant. Gilles Pélisson perd pied. Isolé, le patron d'Accor n'est plus seulement sous la pression de Colony Capital et d'Eurazeo, les deux fonds qui détiennent près de 30 % du capital depuis 2008. Il est mis en difficulté par l'ensemble des administrateurs. Trois semaines plus tard, il doit renoncer à ses fonctions. « Constatant que je n'avais plus la confiance de mes grands actionnaires, j'ai préféré reprendre ma liberté en accord avec le conseil », explique l'intéressé, qui se refuse à alimenter la polémique, et se dit fier du travail accompli depuis quatre ans : « Quand je suis arrivé, l'entreprise était une belle endormie, insiste-t-il. Ce sont ses deux fondateurs qui sont venus me chercher, alors que j'aurais pu rester tranquillement chez Bouygues. Entre 2006 et 2010, nous avons bouleversé le groupe, cédé ce qui devait l'être, et je le rappelle : tout ce qui a été fait a été salué par la Bourse ! » De fait, comme le reconnaissent la plupart de ceux qui ont joué un rôle dans son débarquement, Gilles Pélisson n'a formellement rien à se reprocher. Il a appliqué à la lettre la stratégie définie par le conseil depuis 2006, date de son arrivée à la tête d'Accor. « La feuille de route était tellement précise qu'il ne pouvait pas faire d'erreurs », ironise toutefois un administrateur. A la rentrée 2010, pour lui, tous les clignotants sont au vert. « Sorti de la crise, Accor va bien, voire très bien », assure Gilles Pélisson. Point d'orgue du recentrage de la société, sa scission, avec la mise en Bourse, début juillet, de son pôle services, est une réussite, à l'issue d'un processus mené au pas de charge en l'espace de dix mois. Dans son métier historique, Accor profite d'une reprise qui se confirme mois après mois. Gilles Pélisson, qui a mouillé sa chemise depuis 2006, peut, à première vue, caresser sa dernière ambition : mettre sur les rails un nouveau plan d'entreprise à horizon 2015, dont l'objectif central est de hisser le groupe dans le Top 3 mondial de l'hôtellerie. Il est presque parvenu à effacer le souvenir de la crise de gouvernance de février 2009, lorsqu'il était devenu PDG au prix de l'éclatement du conseil et du départ de son président, Serge Weinberg.

Un revirement qui a laissé des traces

Chèrement acquise, cette consécration se révèle pour lui une faiblesse a posteriori. Gilles Pélisson se retrouve seul en première ligne. « C'est devenu compliqué depuis qu'il est PDG », constate un ancien dirigeant, avant d'ajouter : « Par son poids, son expérience, Serge Weinberg était un bouclier. Il le protégeait clairement. » « On parle de la pression des fonds, mais un patron, ça gère ses équipes, sa stratégie et son conseil ! », s'agace un actionnaire. En clair, Gilles Pélisson n'aurait pas réussi à endosser le rôle de président, manquant, selon ses détracteurs, de « vision stratégique » et d'expérience à la tête d'un grand groupe. Des accusations qui font bondir le patron d'Accor : « Je veux bien qu'on me reproche mon manque de vision stratégique, et que soudainement, des gens me chargent de tous les défauts... Mais je rappellerais simplement que pendant quatre ans, ces gens-là m'ont fait confiance... »

Parmi les reproches le plus souvent formulés, il y a son revirement spectaculaire, à l'été 2009, à propos de l'idée d'une scission du groupe. Alors qu'il avait publiquement défendu le modèle d'un groupe marchant « sur ses deux jambes », il finit par se rallier au scénario de découpage d'Accor, pour lequel militent ardemment Eurazeo et Colony. Initialement opposé à la scission, le PDG d'Accor a pris acte finalement de la transformation du pôle services, qui a considérablement grossi depuis 2006. « Gilles Pélisson n'avait en réalité pas de vraie conviction sur le sujet, commente un administrateur. Ce scénario était déjà à l'étude, il le savait. Il aurait dû être beaucoup plus prudent dans sa communication. »

Une chose est sûre : l'épisode laisse des traces. Gilles Pélisson portera par la suite avec conviction le « spin off », mais en gardera l'image d'un dirigeant versatile. De fait, dès la fin de 2009, l'hypothèse de son remplacement est évoquée. « Certains administrateurs se demandaient déjà s'il ne faudrait pas quelqu'un d'autre pour mener l'opération de scission », raconte un bon connaisseur de la maison. Le sujet n'est pas discuté en conseil, mais, en privé, l'idée commence à faire son chemin. Elle resurgit quelques mois plus tard dans la perspective de l'assemblée générale de juin 2010, qui acte la cotation du pôle services, devenu Edenred.

Le désaveu de Paul Dubrule

La mise à l'écart de Gilles Pélisson est notamment défendue par un de ses partisans historiques : Paul Dubrule. Cette figure du groupe, qu'il a cofondé avec Gérard Pélisson - oncle de Gilles -, avait oeuvré ferme, en 2005, pour la nomination de celui-ci à la tête d'Accor et est encore influent. Mais il se dit déçu par son poulain, qu'il juge finalement un peu vert. « J'ai peur de l'effet des paillettes sur lui », aurait-il confié à un proche après l'avoir installé au pouvoir. Il n'est par ailleurs pas convaincu par les choix du dirigeant, critiquant durement sa stratégie en Chine, son peu d'accompagnement humain dans les plans sociaux et le manque de souffle en matière de développement. Paul Dubrule aurait été particulièrement véhément lors d'un conseil d'administration début juillet 2009. Et si Gérard Pélisson semble en retrait, d'autres administrateurs s'en seraient mêlés. « Ca peut surprendre, mais Colony et Eurazeo sont ceux qui en ont le moins fait », raconte un participant. Gilles Pélisson en reste sonné pendant une quinzaine de jours, avant de rebondir un mois plus tard, en proposant la scission. Mais ses jours sont comptés.

Même s'il a décidé de l'incarner, le projet de séparation joue contre lui, rendant encore plus visible le poids de son numéro deux, Jacques Stern, dans l'organisation. « Du jour où on a lancé la scission et où Jacques Stern s'est impliqué à 100 % dans le projet avec ses équipes, on a vraiment mesuré l'importance de sa présence, en particulier pour l'hôtellerie », note un administrateur. Or les deux hommes ne s'entendent guère, ce qui n'arrange rien.

Erreurs de recrutement

L'implication du numéro deux d'Accor dans la scission met aussi en exergue certaines erreurs de recrutement réalisées par Gilles Pélisson. Comme lorsqu'il fait revenir des Etats-Unis Olivier Poirot pour le nommer directeur financier du groupe, fin 2009, avant de le remplacer cinq mois plus tard par Sophie Stabile, sous la pression de son conseil. Même échec à la direction des ressources humaines. « Des mauvais signes », résume un administrateur. Au point que Colony juge utile de faire passer un message. « Muscle ta direction et bosse », lui assène son directeur général Europe, Sébastien Bazin, au début de l'été 2010.

Dans ce contexte, le débarquement du patron d'Accor semble inéluctable. Mais il n'y a pas urgence et, surtout, le souvenir cuisant du remplacement de Jean-Marc Espalioux par Gilles Pélisson fin 2005 est dans toutes les mémoires. Le conseil, piloté par son vice-président, Philippe Citerne, veut se donner le temps de trouver un candidat incontestable, qui fasse l'unanimité. « On ne pouvait pas bricoler », reconnaît un administrateur. L'objectif était alors de trouver l'oiseau rare pour le premier trimestre 2011, voire avant. La disponibilité de Denis Hennequin, patron Europe de McDonald's et administrateur d'Accor depuis 2009, va précipiter les choses. Entré au conseil sur proposition de Gilles Pélisson, celui-ci est promis à un bel avenir au siège de la chaîne de restauration rapide, à Chicago, où on lui propose le poste de numéro deux. Mais il ne veut pas s'expatrier et a envie de changer d'air. Il est courtisé par plusieurs grands groupes. Le conseil d'Accor craint de le voir partir et accélère le calendrier. Le comité des nominations fait valider son profil par un chasseur de têtes. Teste d'autres noms par principe, dont celui de Bertrand Meheut, patron de Canal+ et administrateur actif d'Accor, poussé, dit-on, par Alain Minc. La décision est prise fin octobre et validée formellement au conseil du 2 novembre, à la surprise générale. « Veillez à faire partir Gilles avec élégance », demande Gérard Pélisson. La succession est d'ailleurs précisément réglée : Denis Hennequin prend ses fonctions de directeur général à compter du 1 er décembre, Gilles Pélisson lâchant la présidence du conseil le 15 janvier, date à laquelle le futur ex-dirigeant Europe de McDo deviendra formellement le PDG du groupe.

Une révolution interne à mener

Reste à savoir quelle sera sa feuille de route. « Il n'y a pas de changement dans la stratégie ! », assure-t-on au sein du conseil. En substance, le nouvel Accor, recentré sur l'hôtellerie, doit changer de modèle et devenir une société hôtelière de services, gestionnaire de marques et franchiseur, avec un mode d'exploitation encore moins coûteux en capital. Une révolution en interne. La réduction du portefeuille de marques fait par ailleurs toujours débat, ainsi que la cession de la participation dans la société de casinos Groupe Lucien Barrière. En somme, Accor, qui se retrouve avec son troisième patron depuis la fin de 2005, pourrait aller encore plus loin dans son recentrage sur l'hôtellerie économique. Une orientation qui sied bien à Colony et à Eurazeo.

Elsa Conesa et Christophe Palierse, Les Echos

 

 

 

 

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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.