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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 13:34

C'est au Palais des Congrès que s'est ouvert, le 17 mai, une nouvelle page de la vie de Serge Weinberg. Comme d'habitude, avec cet homme si discret, ce n'est pas sur la scène que tout s'est joué, mais au premier rang, où il s'est installé. A l'issue de l'assemblée générale de Sanofi-Aventis, les actionnaires l'ont nommé à la présidence du groupe pharmaceutique, en remplacement de Jean-François Dehecq, le bâtisseur, obligé de céder son fauteuil pour des raisons de limite d'âge (lire page 24). L'ex-patron de PPR, d'habitude si contrôlé, a eu cette fois du mal à masquer son émotion : « J'ai été très surpris quand, il y a plusieurs mois, on m'a proposé ce poste, assure-t-il à Challenges. Mais participer à cette belle histoire est un privilège qui ne se refuse pas. Peu d'entreprises ont une dimension nationale et internationale comme Sanofi-Aventis, tout en étant situées aux confluents de la science, de l'économie, du politique et du social. »

Légitimité forgée
Ce choix n'a rien eu de fortuit. Un an plus tôt, Lindsay Owen-Jones, président de L'Oréal et l'un des plus influents à la table du conseil de Sanofi-Aventis - il y représente le premier actionnaire -, a eu l'idée de faire appel à son ami Serge Weinberg. Un choix vite partagé par deux autres administrateurs historiques, Jean-René Fourtou, l'ex-patron d'Aventis, et Thierry Desmarest, le président de Total. Face à la volonté du puissant trio, même Dehecq qui avait du mal à accepter son départ, a fini par s'y résoudre. Le dernier verrou est tombé, quelques semaines avant l'assemblée générale, lorsque les trois hommes se sont rendus à l'Elysée pour en informer Nicolas Sarkozy. Le président de la République, qui avait mouillé sa chemise pour conforter la fusion Sanofi-Aventis, un moment menacée par le suisse Novartis, connaît Weinberg. Il sait qu'avec ce nouveau président une firme majeure pour l'industrie du pays, et la deuxième capitalisation de la Bourse de Paris, sera défendue avec compétence et indépendance. Compétence attestée par ses quinze années au côté de l'exigeant François Pinault dans le groupe PPR, puis à sa tête. Et surtout indépendance, acquise à l'occasion de son départ brutal de la présidence d'Accor qui, paradoxalement, a forgé sa légitimité.
« Serge, il faut que je te parle. Il se passe quelque chose de pas très clair au sein du conseil. » Mi-février 2009, Augustin de Romanet, le directeur général de la Caisse des dépôts, donc à ce titre administrateur d'Accor, est inquiet. Une discussion étrange avec Jean-Marie Messier, l'ex-PDG de Vivendi devenu banquier d'affaires, lui a mis la puce à l'oreille. Depuis plusieurs semaines, le conseil d'Accor est divisé. Deux de ses membres les plus éminents - Sébastien Bazin, le dirigeant du fonds Colony, et Patrick Sayer, celui d'Eurazeo - réclament une scission du groupe avec, d'un côté, les activités d'hôtellerie et, de l'autre, les services. Ensemble, les deux fonds détiennent près de 30 % du capital d'Accor et leurs mandants ont réussi à convaincre une partie des administrateurs, dont Gilles Pélisson, le directeur général. Face à eux, l'autre moitié du conseil, Serge Weinberg en tête, est opposée à ce projet, estimant que cette scission n'est que le prélude au dépeçage du groupe. « Si vous voulez l'imposer, il faudra d'abord que vous deveniez les propriétaires d'Accor », avance en substance Weinberg, leur suggérant de lancer une OPA Furieux, les conjurés décident d'organiser un putsch pour le débarquer du conseil. L'affrontement a lieu lors de la séance du 24 février 2010. Les putschistes l'emportent à une voix de majorité.

Education rigoureuse
Survient alors l'inimaginable : dès le résultat du vote connu, tous les administrateurs qui ont soutenu la position de Serge Weinberg, Augustin de Romanet et Baudouin Prot (BNP Paribas) en tête, démissionnent en bloc, puis quittent la salle en claquant la porte. Un moment fort que n'a jamais oublié Augustin de Romanet : « Dans ces circonstances, Serge a fait preuve d'une dignité impressionnante et s'est battu à la loyale jusqu'au bout pour défendre l'intérêt d'Accor. »
La loyauté est en effet une constante chez l'homme : « Il n'a qu'une parole », confirme François Potier, le DRH qui a travaillé pendant dix ans à son côté à PPR. Cette rectitude a sans nul doute été le socle de la confiance et du respect qui a marqué la relation entre Serge Weinberg et son actionnaire François Pinault : « Il a toujours porté une bannière et une seule, celle de PPR, confirme Patricia Barbizet, l'autre enfant adoptive du milliardaire breton. Ils ont toujours été très respectueux l'un de l'autre, comme deux personnes qui sont différentes mais se portent une estime réciproque. » Question d'éducation ? Toute l'enfance de ce petit-fils d'un ouvrier juif polonais émigré en France au début du siècle a été nourrie de ces valeurs qui charpentent un homme : le travail qui apporte la liberté, l'éthique qui génère le respect. Des valeurs transmises par son père, Sammy, un libre-penseur et, surtout, l'entrepreneur qui a fait de Weinberg & Fils une affaire de textile florissante. Par sa mère Nicole aussi, « une grande dame, très belle, un peu distante, avec une forte personnalité et qui nourrissait beaucoup d'ambition pour ses fils », se souvient Baudouin Prot, un de ses plus proches amis. Une famille chez qui tous les amis de Serge et Michel, les deux frères, ont pris l'habitude de défiler les week-ends pour réviser ensemble.

Soucieux de tout maîtriser

« C'était un univers qui, malgré l'aisance, n'avait rien de mondain, où tout était intime et organisé autour de la réflexion, la lecture, l'apprentissage des valeurs »,
se rappelle aujourd'hui encore le DG délégué d'Eutelsat Michel de Rosen, le troisième larron de l'inséparable trio formé avec Serge Weinberg et Baudouin Prot, tous trois issus de la promotion Guernica de l'ENA. « J'ai vécu une adolescence très aisée, malgré une éducation très rigoureuse où le travail était central parce qu'on ne pouvait se sauver que par lui », reconnaît Serge Weinberg. Cette enfance reste néanmoins marquée par la mémoire de la guerre qui va déterminer sa vision d'un monde où, pour lui « tout est fugitif, où rien n'est acquis, où le bonheur est fugace, presque culpabilisant. D'où le sens du devoir, l'idée qu'il faut bien faire, mais où, d'une certaine façon, on ne fait jamais assez bien... »
Des valeurs qui génèrent beaucoup de contraintes. Ce n'est donc pas un hasard si l'homme déteste le dilettantisme et l'approximation. S'il cherche à toujours tout maîtriser et tout contrôler dans les moindres détails, à commencer par lui-même.
Jusqu'à se caparaçonner dans un look très classique, parce que le conformisme vestimentaire empêche de donner prise : « C'est une manière de communiquer qui permet de rester maître de ce qu'on exprime, de ne pas donner d'indications sur autre chose que ce que l'on a choisi de montrer. » Pourtant, en même temps il affirme détester « ces masques que sont les conventions ». Paradoxal ? « Serge a toutes les apparences de la conformité : le look, les réseaux, le pouvoir, l'argent », confirme un de ses proches, qui note aussi que « derrière cette façade se cache un homme complexe, sensible et émotif ». A PPR, le manager était craint pour sa dureté et ses méthodes, assez froides et désincarnées. Pourtant, même des collaborateurs dont il s'est séparé continuent à le respecter « Il a été un très grand patron, un des plus puissants travailleurs que j'aie croisés, se souvient l'un d'eux. Même lorsqu'il a décidé mon départ, à aucun instant il ne m'a cassé, ni humilié. »

Pas obsédé par l'argent
Mais, c'est certain, la fi n de la collaboration avec François Pinault, préparée de concert, l'a métamorphosé. Comme s'il était enfin affranchi du double carcan imposé à un des seuls patrons du CAC 40 au service d'un propriétaire fondateur. Car Serge Weinberg cultive d'abord sa liberté. Par rapport à l'argent, notamment. « Serge n'a jamais été à vendre, atteste son ami, et maintenant associé, Charles-Henri Filippi. Il n'a jamais été piégé par l'argent, dont il a toujours dit que c'était un bon serviteur, mais un mauvais maître. » Même s'il a longtemps été très bien payé, l'ex-président de PPR confirme : « Je n'aurais certes pas travaillé gratuitement, mais l'argent n'a jamais été un moteur fondamental, ni un étalonnage de ma valeur. J'ai toujours plaint ceux qui étaient dominés par lui. »
Son moteur à lui, c'est plutôt de vivre à fond chaque étape de son voyage professionnel. Autrefois dans les cabinets ministériels, auprès de Laurent Fabius, devenu depuis lors son ami. Hier comme patron de PPR qu'il a transformé en leader mondial du luxe et de la distribution. Et depuis cinq ans à la tête de sa « boutique » - Weinberg Capital Partners -, tout heureux de faire, différemment de son père mais dans sa lignée, prospérer le nom des Weinberg : avec des investisseurs, il a pris des participations dans une petite dizaine d'entreprises non cotées. Une activité qui lui laisse du temps sur son agenda, et lui permet de se consacrer aux passions et aux causes qui lui tiennent à coeur. L'art, reconnaît-il, « ce voyage infini qui procure une émotion instantanée et qui échappe à la contrainte du mot » ; la santé aussi, « avec la fascination d'un non-scientifique pour la science, qui a été confronté aux problèmes de santé de certains de ses proches » .
Ce n'est donc pas complètement par hasard que la première entreprise dans laquelle son fonds a investi en juin 2006 est le laboratoire Pharma Omnium. Ni très étonnant qu'il se soit beaucoup impliqué depuis 2003 dans la création de l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), parce que, explique-t-il, « non seulement la santé est un sujet majeur pour la société, mais c'est aussi un domaine où l'on peut rendre ce que l'on a reçu, pas juste par le don financier, mais aussi en donnant son temps et son énergie ». L'aventure a démarré par une rencontre avec Jean Todt, le patron de Ferrari, cofondateur de l'ICM : « Lorsque j'ai constitué l'équipe, j'ai demandé à Serge d'en être le trésorier », confirme ce dernier. Aux côtés de Lindsay Owen-Jones, de l'avocat Jean-Pierre Martel, de Maurice Lévy (Publicis), Serge Weinberg s'engage à fond. Ne manque jamais une réunion. Se démène pour lever des fonds. « Depuis le premier jour, il est à la pointe du combat », confirme le professeur de neurologie Olivier Lyon-Caen.

Souriant et épanoui
Le résultat est là : flambant neuf, l'impressionnant bâtiment de verre et d'ardoise de 22 000 mètres carrés dont la construction a coûté près de 60 millions d'euros s'érige au coeur du domaine de l'hôpital Pitié-Salpêtrière. Il sera inauguré cet automne, accueillera des dizaines de laboratoires, 600 personnes, dont 400 chercheurs, et disposera d'un budget de fonctionnement annuel de plusieurs millions d'euros pour faire avancer la recherche sur les maladies neuronales, un fléau. Coïncidence : entre-temps, le trésorier de l'ICM est aussi devenu le président d'un leader mondial de l'industrie pharmaceutique. L'aboutissement d'une vie ? « Je suis ma pente, je ne la construis pas, botte-t-il en touche. On ne devient que ce que l'on est. » Le sourire et le pétillement de son regard ambré en disent pourtant long sur l'homme qu'il est devenu. Libre, apaisé. Epanoui.
 

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pierre 24/05/2010 18:47



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Hommage à Léon Jouhaux

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

  1879-1954


  « Pour remplir sa mission, le syndicalisme doit conserver son entière personnalité.
Il
ne peut ni ne doit s’inféoder à aucun parti politique. »

 

Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.