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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 11:17

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"Le Bal des vampires"

Des documents consultés par les Inrocks révèlent que les deux actionnaires Colony Capital et Eurazéo démantèlent à marche forcée le géant français Accor, sixième groupe hôtelier sur l’échiquier mondial, pour « générer du cash ». Et verser « 50% du résultat après impôt » à ses actionnaires. Conséquences : une valse des directeurs généraux, des plans sociaux, la vente des « bijoux de famille » (Ticket restaurant, Le Nôtre…) et la cession du parc immobilier français qui s’accélère. Une stratégie qui, en France, doit faire perdre l’étiquette Accor à quelques 6 000 employés d’ici deux ans.

Le 18 juin, une réunion se tient à l’hôtel Ibis porte de Clichy. Autour d’une table en U, Yann Caillère, directeur général  »temporaire » du groupe Accor au niveau mondial, préside un comité de groupe. Entouré de ses proches collaborateurs, il écoute un syndicaliste lui lire une lettre ouverte signée par tous les représentants syndicaux (FO, CFDT, CFE-CGC et CGT). Il s’agit d’un étrange appel aux « dirigeants fidèles aux valeurs fondatrices du groupe« :

« Un fleuron de l’hôtellerie mondiale est en cours de démantèlement, vous avez su faire entrer les loups dans la bergerie, ayez la volonté de les en faire sortir ou de les ramener à la raison… »

Pour les syndicats, les loups portent deux noms : Colony Capital et Eurazéo. Il s’agit respectivement d’un fonds américain et d’une grosse société d’investissements française qui se sont associés. Surnommé « le concert », ce binôme financier contrôle le groupe hôtelier depuis 2005 avec seulement 21% du capital (mais 40% des sièges au conseil d’administration).

« Générer du cash »

Derrière de larges lunettes, le visage poupon de Sébastien Bazin incarne l’association Colony-Eurazéo. Ce représentant pour l’Europe de Colony Capital s’est autopromu vice-président non exécutif du conseil d’administration d’Accor depuis qu’il a décidé, en avril, de débarquer Denis Hennequin. Pour la troisième fois en huit ans, il limoge un directeur général du groupe qu’il estime récalcitrant à appliquer son « plan ». Excédé, Paul Dubrule, cofondateur d’Accor dont la photo figure dans chaque hall des hôtels du groupe, fait alors une sortie médiatique inhabituelle pour un actionnaire (il détient 3% du groupe avec Gérard Pélisson, l’autre cofondateur). Dans le journal Challenges, il dénonce la stratégie de « folie destructrice » impulsée par ces fonds d’investissement que Paul Dubrule, lui aussi, surnomme en privé « les loups ».

« La stratégie adoptée vise à faire d’Accor un groupe faiblement capitalistique et générateur de cash. » Répétée quatre fois, cette phrase figure dans les conclusions d’un épais document estampillé « confidentiel ». Il s’agit d’un rapport sur l’exercice 2012 du groupe Accor. Il a été rédigé par un expert comptable missionné par le comité d’entreprise. « A ce titre, tout comme un commissaire aux comptes, il a accès à ce qu’il veut dans l’entreprise« , nous éclaire un expert. Si l’interprétation est libre, les chiffres sont incontestables ». Toujours dans ses conclusions, le document comptable indique que « l’un des objectifs du groupe Accor (…) est de distribuer 50% du résultat courant après impôts (‘taux de retour aux actionnaires’)« . Pour Jean-Noël Vieille, gérant de Hixance Asset Management, une société de gestion de fonds, on touche au cœur du problème.

« Ce taux de redistribution très élevé permet à Colony de faire accepter ses choix par les autres actionnaires, analyse l’ancien économiste qui a étudié attentivement le groupe Accor pendant 18 ans. Ils ont la même approche avec Carrefour. Ils tentent d’externaliser la valeur immobilière pour récupérer leur mise là dessus (Ex actionnaire principal du PSG, Colony Capital a tenté en vain, avec Vinci, d’obtenir la gestion des murs du Parc des Princes pour les soixante ans à venir – ndlr) Mais ce sont des stratégies qui aujourd’hui ne fonctionnent pas. »

Régime « asset light »

Le nom du « plan » établi par Colony Capital ressemble à celui d’un régime: « asset light ». Il s’agit d’ailleurs d’une cure d’amincissement pour le groupe. Accor réduit la part des hôtels dont il est propriétaire pour gérer à terme 80% de son parc en franchise ou via des contrats de management. D’ici 2016, les murs de 800 hôtels doivent être vendus, dont 200 en France. L’avantage à court terme est triple.

D’un côté, la vente massive du patrimoine immobilier permet de « générer du cash » immédiatement. Ensuite, les hôtels désormais sous contrats« sont plus rentables et moins sujets à la conjoncture économique (que les filiales – ndlr)« , dixit l’expertise comptable. Et enfin, l’opération entraîne une diminution de la masse salariale puisque les employés des hôtels ainsi vendus ne sont plus « à la charge » d’Accor.

« L’Europe n’est plus une priorité » 

Interrogé par les syndicats sur l’avenir des salariés du groupe lors de la réunion du 18 juin, Yann Caillère botte en touche. Il assure qu’une réponse sera fournie ultérieurement. Candidat déclaré à la succession de son prédécesseur, il tente de conforter sa position de directeur général temporaire devant un chasseur de tête missionné par Colony Capital.

Dix jours plus tard, toujours autour de la table en U du même hôtel Ibis, une scène à peu de choses près identique se déroule face aux représentants des syndicats, européens cette fois. Yann Caillère leur confirme que « l’Europe n’est plus une priorité pour le groupe » qui se tourne désormais vers l’Asie et l’Amérique latine. Conséquence, la perte de l’étiquette Accor, le directeur général intérimaire l’a annoncé lui même aux syndicats, touchera d’ici 2016 quelque 15 000 salariés du groupe en Europe, dont 6 000 en France. « Que ce soit moi ou quelqu’un d’autre à la tête du groupe à la rentrée, a ajouté le directeur général temporaire selon plusieurs participants, cette politique ne changera pas. »

Yann Caillère a décliné nos sollicitations. Idem pour Sébastien Bazin, le représentant de Colony Capital, qui nous fait dire que “pour le moment il ne s’exprime vraiment pas”. 

Quelles sont les conséquences pour les salariés qui vont ainsi sortir du groupe pour passer sous franchise ou contrat managérial ?

« Quand l’hôtel est vendu, vous perdez votre statut de salarié du groupe Accor, explique Elisabeth Sarrato, représentante CGT chez Accor. Vous appartenez ensuite à une petite entreprise qui n’a plus de comité d’entreprise. Le salarié Accor, lui, dispose d’accords au niveau de l’intéressement, de la participation, de la pénibilité, des seniors, de la mutuelle, etc. Les salariés vendus avec l’hôtel perdent tous ces avantages. »

Pas de rapport de force

Autre face de ce régime « asset light », le groupe Accor écrème les employés de son siège. Si moins d’hôtels sont gérés en direct cela nécessite moins de comptables. Un plan de départ volontaire touchant 172 personnes est en cours dans les locaux parisiens d’Accor.

Les syndicats reconnaissent leur impuissance, liée notamment à un manque de troupes. « Dans l’hôtellerie, on n’est pas sur du lourd comme PSA (Peugeot-Citroën) explique Gilles d’Arondel, syndicaliste FO-Accor. Ici, les travailleurs sont jeunes et le turn over est important, ce sont deux facteurs peu propices à la syndicalisation« . Un autre syndicaliste confie qu’il n’y a pas de rapport de force dans l’entreprise « on ne peut pas lutter contre la mutation, juste s’assurer qu’on aura des plans de départ volontaires et non des plans sociaux. On en est là. »

Du côté de l’État français, actionnaire à hauteur de 3% du groupe Accor, le rapport de force n’est guerre différent. Le cabinet d’Arnaud Montebourg assure que « ce dossier est suivi par le ministère du Tourisme« . Ce dernier, via la communication du cabinet de Sylvia Pinel, nous déclare :« on n’a pas du tout la main là-dessus, c’est une entreprise privée« .

Selon plusieurs sources, depuis 2005, Colony Capital aurait presque récupéré son investissement d’environ un milliard d’euros. En 2010, ce sont les activités non hôtelières qui ont été cédées : Edenred, leader mondial des services prépayés aux entreprises (regroupant notamment les Tickets restaurant) et le traiteur Le Nôtre. En 2012, « Motel 6″, le volet américain d’Accor, a également été vendu pour 1,9 milliard de dollars. L’opération a rétrogradé le groupe Accor de la cinquième à la sixième place mondiale.

Conjonction d’intérêts entre salariés et actionnaires

La situation du groupe Accor s’avère plutôt originale. Des salariés, des directeurs généraux, des économistes et même une partie des actionnaires regrettent le tournant imposé par Colony Capital et Eurazéo. Un expert juridique, fin connaisseur du dossier, y perçoit la conséquence de choix peu judicieux.

« Pour une fois, il y a conjonction d’intérêts entre les salariés et une partie des actionnaires, analyse l’expert. Alors qu’Accor va plutôt bien, les fonds continuent de dépecer le groupe. Le souci, c’est que cela met la pression sur les salariés au niveau des coûts de fonctionnement et, à long terme, le groupe Accor n’aura plus le pilotage de sa stratégie. En vendant toutes ces choses, Accor se transforme en gestionnaire de marques et se fragilise. »

Le fondateur Paul Dubrule acquiesce. Joint au téléphone, cet ex-sénateur UMP installé en Suisse dit « rester pour le moment en retrait » tant qu’un nouveau directeur général n’est pas nommé. Il ajoute néanmoins : « quand on fait de « l’asset light », c’est-à-dire de la vente d’actifs immobiliers, si on vend pour réinvestir, je suis d’accord. Si on vend des actifs pour les distribuer, je ne suis pas d’accord. C’est ça le point noir. »

Quand 50% du résultat après impôts revient aux actionnaires, Colony Capital et Eurazéo pensent-ils sur le long terme pour le groupe ? « Je constate que quand nous étions aux manettes du groupe avec Gilles Pélisson, nous avions fixé une règle : aucun actionnaire ne devait posséder plus de 10% du capital. Avec le recul, on s’aperçoit que la formule était bonne. Ce n’était pas prévisible qu’ils (Colony Capital et Eurazéo) prendraient le pouvoir de cette manière…« 

Source: Les inrocks

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.