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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 09:32

actualite-finance-49Eurazeo est actionnaire de plusieurs sociétés opérant dans des secteurs très différents (Accor, Edenred, Rexel, Europcar, Elis...), percevez-vous la reprise économique à travers vos participations ?

 Oui, la santé de notre portefeuille en témoigne, l'activité repart et elle est soutenue dans des grands pays comme la France et l'Allemagne. Même les pays fragiles d'Europe devraient repartir. Nous le voyons notamment via nos entreprises présentes dans le tourisme en Espagne. La crise du Maghreb a créé un report de clientèle touristique vers l'Europe du Sud. Les tendances macroéconomiques sont généralement bonnes, mais il est vrai que la situation de la Grèce et de quelques économies européennes suscite des inquiétudes. S'il y a restructuration, quel sera le prochain pays concerné ? Les opérateurs restent dans une logique semblable à celle de 2008 : on a su sauver Bear Stearns, mais cela n'a pas empêché Lehman de faire faillite. Par ailleurs, d'autres économies continuent d'être beaucoup plus dynamiques dans le reste du monde. En Asie, la « valeur travail » n'a pas le même sens qu'ici. On se pose moins de questions sur le temps et l'engagement au travail. Il est vrai que les entreprises occidentales ont réussi à se réajuster pendant la crise et les défaillances d'entreprises n'ont pas vraiment crû, y compris dans les sociétés détenues par des fonds. Mais plusieurs sujets d'inquiétudes subsistent.

Etes-vous aussi optimiste sur la situation actuelle de la France ?

La question du coût du travail se pose, en France notamment. La compétitivité s'est détériorée par rapport à celle de l'Allemagne, du fait du poids des charges sociales. Je pense aussi à la question du financement de l'économie. Les réglementations qui vont s'imposer aux banques, les contraintes prudentielles de Bâle III vont rendre le financement plus rare et plus coûteux. Enfin, le coût de l'énergie va se renchérir. La France et les Etats-Unis vont devoir promouvoir des normes de sécurité internationales plus sûres - rien ne serait pire que d'avoir des réacteurs de troisième génération chez nous et du dumping nucléaire chez nos voisins. Le coût du nucléaire va donc s'accroître du fait des enjeux de sécurité.

Parallèlement, les énergies renouvelables, dans lesquelles nous sommes investis, notamment via Fonroche, vont voir leurs coûts de production baisser, ce qui doit permettre d'arriver à une forme d'équilibre. La France a un réel savoir-faire en matière énergétique, il faudrait mieux valoriser la filière, en liant désormais des avantages fiscaux aux emplois créés.

Etes-vous favorable à la création d'une prime obligatoire pour les salariés des entreprises qui distribuent des dividendes en augmentation ?

Sur le fond, je suis convaincu qu'il faut réconcilier les salariés avec leur entreprise. Sortir du vieux dialogue stérile de lutte des classes. Mais le meilleur moyen d'y parvenir n'est pas de créer une nouvelle prime. Dès qu'elle aura été versée, les bénéficiaires se demanderont quel sera son montant l'année suivante. Je ne crois pas non plus que le salaire, les bonus, l'intéressement ou la participation puissent contribuer à cette réconciliation, car il s'agit globalement d'éléments de rémunération. On dispose cependant d'un arsenal permettant d'atteindre cet objectif. Certains ont voulu créer une France des propriétaires, il faut maintenant faire des Français des actionnaires de leur entreprise. L'actionnariat salarié doit assurer ce rôle de renforcement de la cohésion de l'entreprise. Cette formule rencontre souvent l'adhésion du plus grand nombre, même celle des collaborateurs les plus modestes. Nous l'avons mise en place dans plusieurs entreprises que nous possédons. Dans l'une d'entre elles, un tiers des effectifs y a souscrit. Et je vous assure que cela change tout au dialogue social.

Les actionnaires financiers sont pourtant souvent montrés du doigt sur la question du partage de la valeur...

C'est bien pour cela qu'il faut généraliser l'actionnariat salarié. C'est le seul moyen de faire comprendre le métier d'actionnaire professionnel. D'autant que, au final, tout le monde y trouve son compte car chacun a le même objectif. Mais sur ces sujets, il faut évidemment rester prudent. Si les dirigeants des entreprises concernées doivent s'impliquer financièrement en mettant une à deux années de salaire à risque, il n'est pas question que l'essentiel de l'épargne de la grande majorité des collaborateurs soit en danger. Leur mise et surtout leur risque doivent rester limités. Car sinon, quand les choses tournent mal, cela peut être douloureux.

Faudrait-il plafonner la rémunération des dirigeants d'entreprise ?

Dans une économie ouverte, il est indispensable de payer les managers à leur juste prix. Il y a aujourd'hui un marché international des dirigeants d'entreprise au même titre qu'il y a un marché des sportifs professionnels. On peut évidemment être heurté par la rémunération de quelques-uns, mais laissons les actionnaires et leurs représentants faire leur travail et corriger les écarts d'éthique de quelques irresponsables. Il importe également qu'il y ait des règles de bonne conduite et qu'elles soient respectées. Je suis de ceux qui pensent que le code Afep-Medef va dans le bon sens. Il faut en particulier maintenir un rapport équilibré entre le fixe et le variable. Et, pour ce dernier, il faut que son attribution réponde à des règles précises écartant tout effet d'aubaine.

Que répondez-vous à ceux qui critiquent la politique de court terme des investisseurs financiers ?

Il y a eu des abus. J'ai moi-même été choqué par le court termisme de certains des plus grands fonds de capital-investissement, qui se bornaient à parier sur une équation purement financière, selon laquelle l'effet de levier plus l'augmentation des multiples garantissaient une plus-value pour l'investisseur. Ce calcul s'est avéré gagnant entre 2003 et 2007. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Vous remarquerez d'ailleurs qu'un certain nombre d'acteurs du secteur ont disparu pendant la crise. Mais, sur le fond, ce métier est très utile, car il y a de moins en moins d'acteurs susceptibles d'investir sur la durée dans l'économie. Lorsque nous investissons dans une entreprise, c'est tout de même pour un minimum de cinq ans. Une société comme Eurazeo qui dispose de capitaux permanents n'a en réalité pas de contrainte de durée. Si l'on veut que nos entreprises conservent leurs sièges sociaux, leurs centres de recherche et donc leur valeur ajoutée en France, il importe qu'il y ait des actionnaires à long terme français capables d'appuyer ces entreprises.

Aujourd'hui, les acteurs du non-coté sont pourtant considérés comme des symboles de la financiarisation de l'économie...

Le capitalisme familial a évidemment ses avantages, nous sommes nous-mêmes partiellement contrôlés par la même famille depuis des décennies, mais il ne répond parfois pas aux besoins de développement de l'entreprise. Je constate que la France compte moitié moins de grosses PME, les fameuses entreprises de taille intermédiaire (ETI), que l'Allemagne. Il faut aider les PME à grandir dans notre pays. Il faut aider leurs dirigeants à changer de dimension. Cela peut passer par un « small business act », afin de faciliter les démarches des entrepreneurs. Je milite activement pour cette solution à titre personnel. Mais c'est aussi le rôle des investisseurs que nous sommes. Eurazeo veut être un accélérateur de la transformation des entreprises françaises ou européennes. Nous avons d'ailleurs montré notre savoir-faire en la matière.

L'Etat peut-il jouer ce rôle ?

Le FSI le fait, de façon minoritaire, et intelligemment, car il ne crée pas de distorsion des mécanismes privés. En revanche, la mise en place d'avantages purement fiscaux n'est pas toujours pertinente.

Etes-vous satisfait de votre investissement dans Accor ?

Oui. Accor était mal valorisé, la séparation des métiers l'a réveillé, a permis de créer deux champions nationaux et d'un point de vue financier de relever sa note auprès des agences, de procéder à son désendettement. Et la valeur boursière d'Accor et d'Edenred combinée est très supérieure à ce qu'était la capitalisation d'Accor précédemment. Recentré, Accor peut se concentrer sur son activité et Edenred est mieux armé pour faire face à la dématérialisation des Tickets restaurant. L'intérêt stratégique de la scission ne fait désormais plus débat. Eurazeo a refinancé son investissement dans Accor et Edenred pour les quatre prochaines années.

Eurazeo a-t-il vocation à devenir un grand fonds multipoche comme certains de vos concurrents ?

Pas du tout. Eurazeo est d'abord une société européenne et française et a vocation à être un actionnaire de référence capable d'accélérer la transformation d'entreprises françaises et européennes comme nous souhaitons le faire avec Foncia que nous venons d'acquérir avec Bridgepoint.

Comment voyez-vous évoluer le marché du capital-investissement ?

Le marché s'est assaini. Certains acteurs faisaient n'importe quoi, ne connaissaient rien à l'Europe, achetaient très cher en pensant que les valorisations allaient croître. Dans certains cas, renonçant à un investissement, il nous est même arrivé de revendre nos analyses financières à des concurrents qui souhaitaient réaliser l'opération en quelques jours. On ne voit plus ce genre de comportements. Les banques sont aussi moins agressives. Au milieu de la crise, certaines banques étrangères n'ont pas respecté leurs engagements. Nous avons désormais réduit le nombre de partenaires avec lesquels nous travaillons pour conserver un nombre restreint de relations durables de confiance et de qualité.

Votre capital peut-il évoluer ? Le Crédit Agricole pourrait céder sa part...

Ce n'est pas d'actualité, mais, si c'était le cas, nous travaillerions à identifier un ou plusieurs nouveaux actionnaires.

Source: Les échos

Propos recueillis par elsa conesa et françois vidal

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Hommage à Léon Jouhaux

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

  1879-1954


  « Pour remplir sa mission, le syndicalisme doit conserver son entière personnalité.
Il
ne peut ni ne doit s’inféoder à aucun parti politique. »

 

Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.