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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 08:25

 

 

                     

 

                     


                             
bazin

 

Exposé



A 52 ans, le patron de Colony Capital Europe passe de côté du miroir en prenant les rênes du premier groupe hôtelier européen. Une prise de risque inédite pour ce smiling killer.



Sur son parcours du temps où il était directeur général de Colony Capital Europe, principal actionnaire d'Accor, on avait tout lu, tout entendu. Ne l'accusait-on pas d'avoir scellé le destin de trois présidents en huit ans chez le premier hôtelier européen, de dicter sa loi, d'exercer une « folie destructrice »,selon les mots de Paul Dubrule, un des deux fondateurs d'Accor? « Prédateur », lui ont lancé les petits actionnaires lors de la dernière assemblée générale, « coupeur de têtes », ont accusé certains, n'hésitant pas à l'affubler du surnom de Kaa, le serpent du Livre de la jungle.

 

UN FINANCIER AUX COMMANDES 1961 Naît à Boulogne-Billancourt. 1982 Analyste financier à Paris. 1985 Part travailler à New York. 1990 Directeur à la banque Hottinguer. 1994 Directeur général de Groupe Immobilière hôtelière. 1997 Entre à Colony Capital. 1999 Directeur général de Colony Capital Europe. 2005 Administrateur d'Accor. 27 août 2013 PDG d'Accor.

Volonté de fer

Et voilà que le prédateur se retrouve taulier! Nommé PDG d'Accor, à la surprise générale, le 27 août, il est désormais paré de toutes les qualités. « Compétence, expérience, vision, courage: Sébastien Bazin est l'homme de la situation pour Accor », s'est empressé de tweeter Patrick Sayer, le président du directoire de la société d'investissement Eurazeo (l'autre fonds qui contrôle Accor), qui, il y a encore quelques mois, était loin de partager toutes ses vues. « Nous sommes convaincus que Sébastien Bazin saura imprimer le nouvel élan dont Accor a besoin pour continuer à se développer dans la durée », ont estimé de leur côté Paul Dubrule et Gérard Pélisson, sans doute désireux de protéger le groupe qu'ils ont créé voilà plus de quarante ans... et son cours de Bourse. « Comme patron d'Accor, Sébastien réunit une vision industrielle et une force de persuasion susceptible de convaincre les marchés financiers », estime son copain Jean Raby, ancien de Goldman Sachs, aujourd'hui directeur financier d'Alcatel-Lucent. Décidément, cet homme, qui sait exécuter sans abandonner son sourire, ne compte aujourd'hui que des amis. Car cette fois, il est parvenu à ses fins. Déjà, fin avril, lors de l'éviction de Denis Hennequin, le précédent dirigeant d'Accor, la rumeur avait couru que Sébastien Bazin se serait bien vu président non exécutif. Pas du goût de tous au sein du conseil. « On a trouvé un compromis la veille de l'assemblée générale grâce à Philippe Citerne, un ancien de la Société générale, qui a joué les utilités », s'amuse un observateur. Le genre de revers qui ne saurait décourager notre homme, regard clair des mers de Bretagne, allure de gendre idéal, mais volonté de fer. Il lui a suffi d'attendre son heure. Et, en secret, de fourbir ses armes. Il faut dire que la mission de recrutement du futur PDG, confiée au cabinet Egon Zehnder, s'enlisait dans la torpeur estivale. Les candidats se succédaient sans convaincre devant un comité de sélection présidé par l'administrateur Bertrand Meheut, le président du groupe Canal+. « Aucune personne de talent ne viendra relever le défi, pour en plus se faire rabrouer quotidiennement par Eurazeo ou Colony »,prédisait à l'époque un banquier d'affaires, proche du groupe. Fin juillet, Sébastien Bazin prend sa décision: pourquoi pas lui? En août, il fait campagne auprès des autres administrateurs et peaufine son dossier. « De très loin, le plus abouti de tous ceux présentés », témoigne Patrick Sayer. Le conseil est séduit, et le choisit. A l'unanimité. Envie d'être dans l'arène, lui qui se contentait jusqu'alors des tribunes? Désir de changer de vie? A 52 ans, c'est la première fois qu'il se trouve aussi exposé. « Il n'a jamais dirigé qu'une soixantaine de collaborateurs, raille André Martinez, son rival malheureux, ex-patron de l'hôtellerie d'Accor, actuellement au cabinet du ministre de l'Economie Pierre Moscovici et en attente d'un poste à la hauteur de ses ambitions. Ce n'est pas tout d'avoir une stratégie, il faut savoir la mettre en oeuvre auprès des 160 000 salariés! » Encore plus méchant, cet autre habitué des bureaux de Colony Capital: « C'est moquette épaisse et jeunes filles affairées. Il n'y a pas de vrai travail... »

Nouveau registre

Effectivement, si Sébastien Bazin connaît le thème Accor par coeur - il campait déjà dans le bureau présidentiel de Jean-Marc Espalioux il y a près de dix ans! -, son nouveau rôle va lui imposer un changement de registre. Alors qu'il dictait sa loi, il devra désormais rendre des comptes. Faire au lieu de dire. Agir plutôt que de critiquer, lui qui harcelait ses prédécesseurs de ses coups de téléphone incessants. « Avant, il avait du mal à imposer sa stratégie, rappelle Dominique Desseigne, le patron de Groupe Lucien Barrière, qui l'a eu un long moment sur le dos. Désormais, il est en première ligne et c'est lui qui sera responsable, et personne d'autre. »

Dans un groupe présent sur cinq continents, où les dirigeants sont las des valses de l'état-major, beaucoup se méfient de l'actionnaire qui cultive la religion de la rentabilité, du gestionnaire de fonds avide de dividendes. N'est-ce pas lui qui, le 9 mars 2005, en investissant 1 milliard d'euros dans Accor, déclarait: « Depuis la création de Colony Capital, nous enregistrons des taux de rendement de 20 % par an »? A l'époque, il était convaincu du « fort potentiel de rebond du marché hôtelier ».

 

 


                 


L'actionnaire Bazin passe à l'action 1. En mai 2009, avec Thomas Barrack, le fondateur de Colony Capital. A la tête de la filiale européenne du fonds américain, Bazin a connu de beaux succès (Buffalo Grill, Château Lascombes...) et des déceptions (Carrefour, Accor). 2. En décembre 2012, sur le chantier Molitor, avec Bertrand Delanoë et Denis Hennequin. Le site de l'ancienne piscine Art déco va devenir un hôtel 4 étoiles avec centre sportif - ouverture prévue en 2014 -, sous la férule de Colony Capital, Accor, et la mairie de Paris. 3. En avril 2013, avec Philippe Citerne et Yann Caillère, qui ont assuré l'intérim à la tête d'Accor. Le patron de Colony Capital Europe avait alors fait une première tentative pour prendre les rênes du groupe. 4. En juillet 2013, avec Paul Dubrule et Gérard Pélisson, cofondateurs d'Accor. D'abord réticents, les deux actionnaires du groupe hôtelier se sont laissé convaincre par Sébastien Bazin.





 

 

                           

Coups financiers

Les années suivantes lui ont fait réviser ses prévisions. Mais la scission en 2010 du pôle de services d'Accor, rebaptisé Edenred, qu'il réclamait à cor et à cri, fut une réussite. A l'égal de bien de ses coups financiers. Sébastien Bazin a revendu la chaîne de restauration Buffalo Grill, redressée par ses soins, en doublant quasiment sa mise. Ou encore la société Lucia, créée par Christian Pellerin, le promoteur du quartier de la Défense: achetée à 12 euros en 1999 dans le plus grand scepticisme, l'action a été cédée à 70 euros moins de dix ans plus tard. Château Lascombes, dans le Bordelais, a aussi fait la culbute: revendu deux fois plus que le prix d'achat et le montant d'énormes travaux de modernisation. « Nous avons eu des échanges pragmatiques dans un esprit constructif et avec la volonté d'aboutir », estime Marcel Kahn, directeur général de MACSF, l'assureur des professionnels de la santé. Une façon pudique de reconnaître qu'il a bataillé ferme avant de débourser un peu moins de 200 millions pour acquérir ce second cru de Margaux en juillet 2011.

Cette réputation de dur en affaires, Sébastien Bazin tente de la faire oublier. Aujourd'hui, il se veut chef d'entreprise sur le long terme. Mieux, hôtelier. A l'occasion, il rappelle volontiers qu'il est déjà propriétaire d'un 4-étoiles à Méribel. Acheté en 2004, Le Savoy a été géré jusqu'en 2010 par Pierre & Vacances. Mais Sébastien Bazin avait d'autres ambitions pour ce qui n'était qu'un modeste 2-étoiles. Voilà deux ans, il transforme, modernise, réduit le nombre de chambres de 45 à 37, crée un restaurant chaleureux pour les grandes tablées d'amis qu'il affectionne tant. « Les ratios, il connaît, pas question de tenter de le berner, s'exclame Martine BaloukaVallette, directrice générale d'Adagio, filiale de Pierre & Vacances. Il maîtrise aussi les politiques commerciales, la recette moyenne par chambre, la marge... »

Opération séduction

De quoi rassurer les salariés plutôt hostiles d'Accor, auxquels il a promis de réserver la primeur de ses intentions fin novembre? En tout cas, il leur répète sans fin qu'il n'a pas l'intention de démanteler le groupe. Le nouveau patron multiplie les réunions et les tables rondes, appelle les patrons de zones géographiques, se rend sur le terrain, comme à Munich - l'Allemagne est le deuxième marché du groupe après la France -, son premier déplacement, rencontre les directeurs d'hôtels. Il a même promis d'aller dormir dans un des établissements du groupe... De quoi se montrer proche du terrain, ce que, à ses yeux, n'était pas son prédécesseur. « Il a un grand pouvoir de séduction », admet Gilles Pélisson, le deuxième patron d'Accor à être tombé sous les balles du smiling killer. Au lendemain de sa prise de fonctions, quand il s'exprime dans le hall du siège parisien d'Accor, Sébastien Bazin sait que la partie ne sera pas aisée: un plan social, décidé avant sa nomination, prévoit la suppression de 172 postes. Et pourtant, il fait le job auprès des salariés. « Le groupe doit retrouver son entrain, son énergie, son enthousias me », martèle-t-il. L'après-midi, rebelote, cette fois au siège historique d'Accor France, à Evry (Essonne).

Quelques jours plus tard, le nouveau PDG reçoit les syndicats. Face à lui, ils sont une quarantaine, réunis dans une salle de l'hôtel Pullman Bercy. Pendant deux heures, quasiment sans notes, Sébastien Bazin tente de s'expliquer. Et surtout d'emporter l'adhésion d'un auditoire froid. « La stratégie mise en place depuis un an et demi est-elle la bonne en termes de rythme et en impact? interroge-t-il. La réponse est non, car je pense qu'il y a d'autres chemins pour arriver à des conclusions aussi satisfaisantes et plus motivantes pour tout le mon de. » Un témoin se souvient: « Son discours était déstabilisant. Il a reconnu les erreurs de ses prédécesseurs. Mais saura-t-il faire mieux? » Gilles d'Arondel, secrétaire général de FO, se défausse: « On le laisse travailler sans autant lui donner un chèque en blanc. »

Ce qu'ils disent de lui Gilles Pélisson, ex-DG d'Accor: « Après avoir piloté avec agilité un bateau rapide comme Colony Capital Europe, il doit désormais apprendre à diriger un paquebot. Mais il peut réussir, bien aidé par Sven Boinet. » 
Clément Vaturi, ancien patron de Groupe Immobilière hôtelière: « Sébastien a appris son métier chez moi, mais il a encore plus appris sans moi .» 
Nicolas de Tavernost, président de M 6: « Sébastien est un véritable chef d'équipe. Il a les qualités requises pour le poste de PDG d'Accor, et aussi l'orgueil pour réussir. Il va démontrer que les gens qui en pensent du mal se trompent. » 
Un ancien dirigeant d'Accor, débarqué: « Sébastien est de ces catholiques adeptes à la fois de La Passion selon saint Jean, de Bach, et de l'assassinat, en vous passant la main dans le dos. » 
Jean-Luc Choplin, directeur général du Théâtre du Châtelet: « Dès que j'ai appris sa nomination, je lui ai envoyé Working Together, le livre de Michael D. Eisner, l'ancien patron de Disney. C'est un clin d'oeil, mais cela lui sera peut-être utile. » 
Antoine Flamarion, président de Tikehau Capital Advisors: « Il a décidé d'être en première ligne. C'est un choix courageux: Sébastien Bazin est sorti de sa zone de confort. Il n'est plus protégé. »

Idée fixe

Car le pari n'est pas gagné, d'autant qu'il arrive après Yann Caillère, ancien directeur général qui a assuré l'intérim ces quatre derniers mois, un professionnel de l'hôtellerie très respecté. Et les interrogations sur ses intentions sont nombreuses. Va-t-il poursuivre la politique d'expansion de son prédécesseur, créateur de 38 000 chambres en un an? Trouver la recette miracle en matière de distribution rongée par Internet? Pratiquer des cessions à outrance? Multiplier, comme on lui en prête l'intention, les contrats de franchise et de management? Lui qui, en 2011, avait milité pour la création d'une société foncière regroupant les murs des hôtels, va-t-il remettre son projet sur le tapis? A l'époque, Denis Hennequin s'y était fortement opposé, signant ainsi le début de sa perte. Une idée fixe de Sébastien Bazin: quand il était au conseil de surveillance du groupe Barrière, il plaidait également pour la vente des murs des fleurons de la chaîne, les Normandy, Royal et Majestic. « Il n'a pas été trop insistant, reconnaît Dominique Desseigne. Car il a vite compris qu'il ne me ferait pas changer d'avis. »

Homme de confance

Mais l'homme est habile. A défaut de changer le comité exécutif, il a fait venir Sven Boinet à son côté. Une veille connaissance: s'ils possèdent chacun une maison en Bretagne et partagent l'été des parties de golf à Dinard, ils ont aussi eu l'occasion de se rencontrer sur des opérations immobilières. Celui qui fut prétendant au poste de PDG - récusé par le conseil pour cause d'âge - se contente de ce rôle de conseil. Un bon choix, car celui-ci, fort d'une quinzaine d'années passées à Accor, y a conservé de solides amitiés. « Sven a donné les clés du groupe à Bazin, résume un salarié. Pour les anciens, c'est un nom qui compte. » Boinet n'a pas peur de se lancer: « Depuis une dizaine d'années, Accor est fragilisé. Sa capacité d'innovation est passée au second plan, ses collaborateurs sont désenchantés. A Sébastien de rétablir une image positive du groupe. »

Il n'y a qu'un seul problème, résume un détracteur: « Comme actionnaire d'Accor, il s'est trompé trois fois de suite dans son choix du patron de la maison! Qui dit qu'il ne va pas se tromper une quatrième? » La vraie question.

 

IL AIME L'audace. Les toits de Paris. Les framboises. La compétition.

 

IL N'AIME PAS Les cocktails. L'approximation. Les réseaux. La pluie.

 

 

Francine Rivaud



 

 

 

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.