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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 17:14

Image1-copie-1Pour avoir refusé de livrer aux troupes de Gbagbo des journalistes qui séjournaient dans son hôtel, Stéphane Frantz di Rippel a été assassiné. Retour sur cet acte de bravoure.

Il n’aurait peut-être pas voulu de ce statut-là. Un héros… Trop lourd à porter. Il aurait sans doute dit qu’il n’avait fait que son travail. Le parcours de Stéphane Frantz di Rippel était celui d’un homme sans histoires, "intègre, joyeux et passionné", résume sa famille, totalement dévastée par sa disparition. Bien sûr, sa vie de directeur d’hôtel n’était pas toujours simple, ballottée entre ses différentes affectations. Rennes, Antibes, Grenoble… puis Cotonou, Lomé, depuis qu’il avait choisi l’Afrique. Bien sûr, il y eut cette dernière mutation en décembre dernier au Novotel d’Abidjan. Si le sang n’y coulait pas encore à flots, l’odeur de la guerre y rôdait déjà. "Il n’a pas eu le choix de refuser", souligne sa compagne, Karine Perrelle. "Abidjan, c’était un rêve pour lui", poursuit Magali, l’épouse dont il était séparé. Mais "l’Afrique qu’il aimait tant a fini par le tuer", résume son frère Jérôme.

4 avril, zone du Plateau. Le quartier d’affaires d’Abidjan, où se situe le Novotel, est depuis plusieurs jours l’épicentre des combats entre les soldats de Laurent Gbagbo et les hommes d’Alassane Ouattara. Snipers planqués dans les immeubles, hommes en armes qui rôdent dans des rues désertes. Une cinquantaine de pensionnaires séjournent au Novotel, dont une dizaine de journalistes. L’établissement vit en mode camp retranché : nourriture rationnée, eau coupée à certaines heures de la journée. Selon sa compagne, Karine Perrelle, Stéphane aurait lancé des SOS à son supérieur du groupe Accor basé à Dakar. Des appels qui seraient restés sans suite. "J’avais tous les jours Stéphane au téléphone et il n’avait pas peur, conteste Luc Lamorille, gérant du Pullman, un autre établissement Accor situé lui aussi au Plateau. Comme moi, il ne pouvait pas imaginer que la situation puisse si rapidement dégénérer". Stéphane avait tout de même expliqué aux journalistes qu’"il avait une caisse d’argent prête au cas où des hommes viendraient".

La légion d'honneur à titre posthume

Et ces hommes sont venus. Ce 4 avril, ils enjambent une grille à l’arrière du Novotel, obligent un gardien à ouvrir les portes. "Ils étaient plus d’une dizaine, raconte Ahmed, jardinier de l’hôtel. Au début, ils voulaient savoir s’il y avait un sniper dans l’hôtel. Puis ils ont demandé après le directeur". Ils montent au septième, y trouvent Stéphane, le forcent à ouvrir toutes les chambres de l’étage. Dans l’une d’elles se trouvent l’homme d’affaires français Yves Lambelin et deux de ses collaborateurs, un Malaisien et un Béninois. Les hommes en armes lui demandent ensuite s’il loge des journalistes. Le patron du Novotel dit que non. Quelques minutes auparavant, il avait demandé aux reporters de ne pas bouger de leurs chambres.

Stéphane, Yves Lambelin et ses deux collaborateurs sont finalement emmenés jusqu’au palais présidentiel, situé à 500 mètres. S’ensuit un calvaire que le travail sur place de la juge d’instruction française Patricia Simon –"une enquête remarquable", souligne Pierre-Olivier Sur, l’avocat de la famille de Stéphane– a permis de retracer. Dans le palais de Laurent Gbagbo, les enquêteurs retrouveront le stylo Montblanc de Stéphane. "Ils y ont été torturés, massacrés", explique Me Sur. Leurs bourreaux les achèveront à la kalachnikov. Puis, la nuit venue, les corps seront embarqués dans une camionnette, mis dans des sacs de riz et jetés dans la lagune. Leurs squelettes n’ont été retrouvés qu’un mois plus tard. Comble du supplice pour la famille de Stéphane : les analyses n’ont toujours pas permis d’identifier son corps. Pour eux, impossible de faire le deuil. Ne reste que la colère.

"Il faut que justice soit faite", martèle ainsi Jacky, le père de Stéphane. "Le procès se tiendra en Côte d’Ivoire avant la mi-2012", promet Jeannot Ahoussou, le ministre ivoirien de la Justice. Quatre personnes, dont un commissaire de police et un colonel de la garde républicaine, ont déjà été arrêtées. "Il va sûrement y en avoir d’autres, estime le procureur de la République à Abidjan, Simplice Koffi Kouadio. Ces hommes n’ont pas dû agir pour leur propre compte. Ils ont dû recevoir des ordres". En cause notamment : le patron de la garde républicaine de l’époque, le général Bruno Dogbo Blé. Selon une source proche de l’enquête, ce familier de Laurent Gbagbo aurait intimé l’ordre de "faire disparaître les corps". "Que ceux qui ont tué s’en chargent", aurait-il précisé. L’avocat de la famille a demandé que la Légion d’honneur soit décernée à Stéphane à titre posthume. La démarche a de bonnes chances d’aboutir. L’Élysée confirme aussi que Nicolas Sarkozy recevra "prochainement" la famille de Stéphane. Pour honorer sa mémoire. Celle d’un homme ordinaire devenu un héros.

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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.