hennequin pelisson

 

APRES avoir demandé à Gilles Pélisson de démembrer le groupe construit par son oncle, le fonds Colony Capital dirigé par Sébastien Bazin considère maintenant qu'il n'est pas l'homme de la situation pour faire d'Accor une cash-machine de l'hôtellerie. Ce sera donc Denis Hennequin, jusque là patron de Mc Donald's Europe et membre du conseil d'administration d'Accor qui devra s'efforcer de transformer le groupe en un spécialiste de la franchise hôtellière, avec l'espoir qu'il l'amènera au même niveau de rentabilité et d'efficacité que Mc Do en Europe.

Le capitalisme est coutumier des annonces surprises et c'est un droit absolu pour un conseil d'administration de changer le dirigeant d'une entreprise. Néanmoins, ce débarquement brutal est injuste car il ressemble à une sanction alors que Gilles Pélisson avait fait le choix de la loyauté à l'égard de ses actionnaires de référence: Colony Capital et Eurazeo. Après avoir expliqué lui-même, tout comme ses prédécesseurs, que le groupe Accor devait marcher sur ses deux jambes, les hôtels d'un côté et les services prépayés de l'autre, il avait fini par accepter de scinder son groupe à la demande de ces deux actionnaires, désireux de toucher les plus-values de cette opération.

Quitte à troubler son image, Gilles Pélisson s'était même fait un excellent défenseur de cette scission, aussi bien auprès des deux fondateurs du groupe, Paul Dubrule et Gérard Pélisson, des salariés, des investisseurs et... de la presse. Seul le FSI, actionnaire minoritaire d'Accor n'avait pas aimé cette idée qui consistait à détruire un champion français. Il l'avait fait savoir, à défaut de pouvoir l'empêcher.

L'opération menée avec succès et au pas de charge n'aura pas suffi à Sébastien Bazin. L'actionnaire d'Accor exige un rendement supérieur. L'introduction en Bourse ratée du groupe Lucien Barrière, dont Accor devait retirer plusieurs centaines de millions d'euros a fini de le convaincre : Gilles Pélisson peine à recentrer son groupe et à monétiser très vite les actifs les plus attractifs.

Son successeur, plus pragmatique, moins attaché affectivement aux contours de l'ancien groupe Accor, devrait montrer très vite que le message est bien passé.

par Jean-François Arnaud, journaliste à Challenges, mercredi 3 novembre 2010.