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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 12:32

actualite-finance-49Quand des fonds d'investissement font la loi, imposent une logique de court terme , le danger de désintégration n'est pas loin. L'ancien leader mondial de l'hôtellerie pourrait en mourir.  Dans les études de cas  si recherchés par les écoles de commerce, le groupe hôtelier Accor mériterait de figurer en très bonne place. Car l'histoire de cet ancien leader mondial de l'hôtellerie est exemplaire. Exemplaire des dysfonctionnements d'une gouvernance. Exemplaire d'une financiarisation de l'économie qui mène à la désintégration.

La cotation séparée, engagée ce vendredi, des deux entités - hôtellerie d'un côté, services de l'autre- qui formaient Accor risque de marquer le point final du groupe.

Comment en est-on arrivé là ? A l'origine, Accor est un groupe familial fondé par deux entrepreneurs, Paul Dubrule et  Gérard Pelisson, qui ont fait leurs classes chez  Jacques Borel, le précurseur de la restauration moderne, et ont récupéré une partie de l' empire au moment de sa faillite et de son éclatement dans les années 1970.

Avec un certain brio, ils développent pendant quinze ans le groupe, lui donnent une stature internationale , multiplient les enseignes (Novotel, Sofitel, Formule 1, Ibis) , inventent la formule des tickets restaurants. La gestion reste très familiale, les deux fondateurs n'oubliant jamais de veiller à leurs intérêts en même temps qu'à ceux du groupe. Mais, même si le groupe est coté, tout le monde ferme les yeux. Les banques ( BNP , Société générale) qui ont été invitées à siéger au conseil ne veulent pas contrarier des dirigeants qui ont par ailleurs de bons résultats.

Mais la formule imaginée vieillit en même temps que ses fondateurs. Lentement, le groupe s'enferre, prend des paris internationaux qui se révèlent perdants. Pendant longtemps, le  conseil laisse faire puis finit par imposer un gestionnaire extérieur, Jean-Marc Espalioux, pour remettre de l'ordre dans la maison. Trop sans doute car il finit par déranger certains petits arrangements internes.

Pour assurer un peu son pouvoir, ce dernier a été cherché un fonds d'investissement américain, Colony Capital. Celui-ci promet de lui apporter les capitaux nécessaires  à une modernisation indispensable mais sans cesse repoussée, les fondateurs ne voulant pas se faire diluer. Mais une fois entré dans le tour de table, Colony Capital, dirigé par Sébastien Bazin,- l'homme qui a pris aussi le contrôle  du parc des Princes et du PSG- estime que le compte n'y est pas. Changeant de tactique, il s'allie avec les fondateurs, renvoie le président et impose sa stratégie. L'objectif est simple : il faut doper le cours d'Accor, quels que soient les moyens.

Dès lors, toutes les réserves de capital accumulées pendant des années sont traquées. Que cela obère l'avenir pour le présent, que cela puisse se révéler une erreur à terme.  Qu'importe ! L'argent doit venir tout de suite. Le nouveau président d'Accor, Gilles Pelisson -neveu de  Gérard- s'exécute. Il met en vente tous les murs des hôtels. Une masse de capitaux afflue dans les caisses du groupe hôtelier, le cours de l'action grimpe de plus de 20%, des dividendes exceptionnels dépassant le milliard d'euros sont versés.  Tout le monde applaudit, puis déchante. Car la recette est en trompe l'œil : les immobilisations immobilières se sont transformées en charges fixes, de plus en plus lourdes car les hôtels ont toujours besoin de leurs murs pour fonctionner. Pendant dans ce temps, nulle révision stratégique, nulle interrogation sur la pertinence des implantations du groupe, sur le positionnement de ses enseignes. Son métier de base.  Les actionnaires, Colony capital rejoint par le fonds Eurazeo, qui détiennent ensemble un peu moins de 30%, préfèrent continuer à travailler sur le bilan.

Mais les possibilités de dégager rapidement de l'argent ne sont pas très nombreuses, d'autant que la crise frappe durement Accor. Dès l'été 2008, les deux principaux fonds sont d'accord : il faut séparer les deux activités du groupe, d'un côté les services (tickets restaurants et autres), de l'autre l'hôtellerie, en oubliant que l'une , grâce à des rentrées très stables, permet de financer l'autre beaucoup plus cyclique, ce qui assure la stabilité financière du groupe.

Les autres administrateurs tenteront de s'opposer à ce projet qui leur paraît suicidaire. Même la Caisse des dépôts, actionnaire du groupe, donne de la voix. En vain. Une crise majeure au conseil s'en suit, suivie par la démission de la quasi-totalité des administrateurs qui représentaient l'establishment parisien, Serge Weinberg, ancien président de PPR et Baudoin Prot, directeur général de BNP Paribas en tête.

Colony Capital et Eurazeo devront attendre cependant dix huit mois environ avant de mettre en œuvre leur projet. Aujourd'hui, ils touchent au but. Accor est scindé et  les deux activités sont cotées dans des entités distinctes.

La suite ? Elle est assez prévisible. C'est en tout cas le tableau de marche que se sont fixé les deux fonds. La branche service fait l'objet de nombreuses convoitises de la part des banquiers et d'institutions financières. Si  la crise financière  ne rebondit pas, il risque de ne pas se passer très longtemps avant que l'un ou l'autre des prétendants ne déclenche une OPA. C'est en tout cas, ce qu'espèrent les deux fonds : ils tireront le meilleur prix de leurs actions en cas de bataille boursière.

Quant à l'hôtellerie, c'est la suite du démantèlement annoncé. En panne de stratégie depuis des années, le groupe subit maintenant de plein fouet les effets de la crise. Sans l'appui des services, Accor risque de s'enfoncer. Le groupe continuera alors à  réduire ses effectifs, à vendre ses meilleurs emplacements, puis viendra le tour de la cession complète d'une enseigne ou d'une autre.  Et ainsi de suite, jusqu'à l'éclatement complet du groupe.  Et à chaque fois, les deux fonds s'assureront de ramasser leur dîme sur les morceaux vendus.

Accor était peut-être destiné à disparaître ? Mais Accor aurait peut -être pu aussi renaître ? Ses actionnaires financiers, en tout cas, n'ont pas eu le rôle financier attendu. Ils ont été plus proches du syndic de faillite que d'investisseurs.

Reste une dernière interrogation sur ce cas d'école : pourquoi l'autorité des marchés financiers n'a-t-elle pas réagi ? Car ce qui s'est passé chez Accor ressemble bien à une prise de contrôle rampante. Avec moins de 30% du capital, Colony capital et Eurazeo ont dicté leurs conditions, passant outre l'opposition des autres actionnaires. La logique aurait voulu que les autorités boursières reconnaissent cet état de fait et imposent  au moins le lancement d'une OPA aux deux fonds. Or là rien de tel. Avec un engagement financier minimum, les deux actionnaires ont fait la loi . Rassurez-vous : si d'aventure le scénario tourne mal, ils seront déjà partis.

 

Source

Martine Orange - mediapart
Martine Orange
Ancienne journaliste au journal Le Monde et ex-rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune, Martine Orange est chroniqueuse économique de Mediapart.fr

Juillet 2010








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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.