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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 10:01
Dominique Strauss-Kahn et sa femme Anne Sinclair quittent le cabinet de l'avocat Benjamin Brafman, à New York le 31 mai dernier.
Dominique Strauss-Kahn et sa femme Anne Sinclair quittent le cabinet de l'avocat Benjamin Brafman, à New York le 31 mai dernier. Crédits photo : Guerin-Pantaleo-Taamallah/Guerin-Pantaleo-Taamallah/ABACA

Minute par minute, Le Figaro a reconstitué la succession d'événements au terme de laquelle le patron du FMI a été arrêté, une femme de chambre sans histoire l'accusant d'avoir tenté de la violer.   

La séquence obsède tous les enquêteurs qui travaillent sur l'affaire. Minute par minute, ils se la répètent, vérifient un détail, relisent un procès-verbal. L'heure qui s'est écoulée entre l'agression présumée au Sofitel et l'arrivée de la police dans l'hôtel de Times Square est cruciale. Si l'affaire va jusqu'au procès, les jurés scruteront à leur tour la scène pour savoir ce qui s'est réellement passé dans la suite 2806 et jauger la crédibilité de l'accusatrice de DSK.

Le samedi 14 mai, peu après midi, la vie du directeur général du FMI plonge dans le chaos d'une terrible inconnue, l'existence d'une femme de chambre anonyme du Bronx est bouleversée à jamais. Beaucoup de rumeurs ont circulé sur cette heure fatidique, bien des interrogations demeurent. Parmi les questions récurrentes, celle-ci prédomine: pourquoi la direction du Sofitel a-t-elle mis une heure avant de prévenir la police new-yorkaise? Voici les principaux éléments du puzzle tels qu'ils peuvent être aujourd'hui assemblés.Le Figaro a enquêté pour reconstituer ces instants où tout a basculé.

Une femme sérieuse et fiable 

Lorsque Nafissatou Diallo prend son service ce matin-là, elle n'a pas de raisons d'être inquiète. Elle connaît bien le 28e étage du Sofitel que rien ne distingue vraiment des autres -même moquette à motifs, ici de couleur verte, mêmes grandes photos en noir et blanc de New York ou Paris dans les couloirs. La suite 2806 occupe toute une aile du palier, à quelques pas des ascenseurs. La femme de chambre en a la charge depuis qu'une de ses collègues est partie en congé maternité. «Lui confier ce travail était une récompense réservée à une employée modèle», précise une source proche de la direction du groupe Accor, auquel appartient le Sofitel. Car, après trois ans et demi de service dans l'établissement, la jeune Guinéenne a totalement fait ses preuves. Si des membres de sa communauté s'interrogent encore, étonnés qu'«une Peule musulmane ait pu décrocher ce job» à 24 dollars brut de l'heure, Nafissatou Diallo laisse l'image lisse d'une femme sérieuse et fiable. «Le Sofitel a déclaré qu'elle donnait toute satisfaction, nous disons même que c'est une employée exemplaire. Elle n'a jamais posé aucun problème. Je ne trouve mention d'aucun incident, d'aucun rapport dans son dossier», remarque John Turchiano, porte-parole du New York Hotel and Motel Trade Council, le syndicat local, qui représente 85% de la profession.

Après ce qu'elle décrit comme une tentative de viol et une fellation forcée dans la suite 2806, la femme de chambre se réfugie dans le local technique où sont entreposés les chariots de ménage, au 28e étage. Elle ne prend pas le temps de descendre jusqu'au «basement», où les employés disposent d'un vestiaire bien austère malgré ses fauteuils et son distributeur de boissons. C'est dans ce petit local que la découvre une collègue. «En état de choc», diront ensuite d'autres témoins. Après quelques instants -sans doute le temps pour Nafissatou Diallo de retrouver un peu ses esprits-, un «supervisor» est informé. La remontée de la chaîne hiérarchique suit son cours: c'est désormais le directeur de l'hôtel qui est mis au courant. La quarantaine, brun et sympathique, ce manager doit tout de suite mesurer l'enjeu et l'étendue de sa responsabilité. S'il décide d'alerter la police, le scandale va être planétaire. Mais peut-il se taire? En réalité, Jorge Tito, Portugais d'origine, manager parmi les plus appréciés de la chaîne hôtelière, n'aurait pas tergiversé longtemps, selon sa direction. Il commence par écouter attentivement le récit de son employée, la laisse parler, lui fait préciser certains points. La description lui paraît circonstanciée, la jeune femme, malgré l'émotion, crédible. Il n'est ni policier, ni juge. Mais, en tant que directeur d'un grand hôtel international, il a reçu une formation à la sécurité, connaît la procédure à appliquer en cas d'incident dans l'établissement. Il sait donc ce qu'il doit faire : il alerte sans délai le NYPD (New York Police Department).

Dominique Strauss-Kahn a réglé sa note à 12h28 ce samedi. Le système informatique de l'hôtel en atteste ainsi que les caméras de sécurité qui balayent le lobby et le comptoir de la réception (lire encadré). Il a ensuite traversé le hall toujours maintenu dans une fraîche pénombre. Lumières tamisées, fauteuils de cuir profonds et fragrances délicates avant le fracas de la 44e Rue dans Manhattan. Muni de deux sacs peu volumineux, l'un pour ses effets personnels, l'autre pour son ordinateur, le client de la suite 2806 monte dans un taxi pour rejoindre le restaurant de fruits de mer où l'attend sa fille Camille.

Identification formelle 

À 13h30, les premiers policiers du NYPD arrivent dans l'hôtel et mènent des investigations tous azimuts: auditions de la victime présumée, de ses collègues, d'autres témoins, premières constatations, saisies de tous les éléments matériels susceptibles d'intéresser l'enquête. La machine est lancée. Entre-temps, les premiers coups de fil ont été passés en France. Les directions du Sofitel et du groupe Accor sont évidemment prévenues des accusations lancées contre le patron du FMI. Mais, insistent-elles, elles n'ont pas eu à donner au préalable leur feu vert au directeur de l'hôtel, qui avait pris sur lui de prévenir la police. Que ces événements aient par la suite été communiqués aux autorités françaises et que l'information soit remontée jusqu'à l'Élysée paraît très logique. De même, le consul général de France à New York, Philippe Lalliot, est averti de l'arrestation de DSK, auquel il ira rendre plusieurs fois visite, y compris dans la prison de Rikers Island.

Le lendemain de l'interpellation du passager du vol AF23 à quelques minutes du décollage, Nafissatou Diallo est placée derrière une vitre sans tain au commissariat de Harlem. Parmi les hommes alignés le long du mur, elle désigne Dominique Strauss-Kahn. Une identification formelle que l'accusation a l'intention d'utiliser lors du procès, annonçait l'équipe du procureur Cyrus Vance dès le 14 juin. Au passage, l'accusation a pris soin de préciser que cet élément à charge ne pourrait être écarté au simple motif que deux images de DSK avaient été vues par la femme de chambre dans les heures précédentes. Une photo lui avait d'abord été présentée par la sécurité du Sofitel, puis une image furtivement aperçue par elle à la télévision alors que les chaînes américaines annonçaient l'arrestation en «breaking news». Dans les deux cas, l'accusation estimait que la vue de ces images avait été fortuite, sans intervention de la police. Selon Libération, les avocats de l'accusé français pourraient cependant contester la légalité de l'identification.

La thèse de la relation consentie 

Quelles pensées se bousculent dans la tête du patron du FMI lorsqu'il quitte le Sofitel ce samedi 14 mai ? Pense-t-il à son rendez-vous du lendemain avec Angela Merkel? À son déjeuner avec Camille, dont le clan DSK affirme aujourd'hui qu'il était la principale raison de sa venue à New York? Ou encore aux faits qui, selon l'accusation, viennent de se produire dans la suite 2806? En un an et demi, le mari d'Anne Sinclair est descendu une demi-douzaine de fois au Sofitel. Avait-il déjà rencontré Nafissatou Diallo? L'entourage du reclus de TriBeCa penche pour la thèse de la relation consentie, voire tarifée, préparant ainsi le terrain pour le procès ou… une transaction.

Quelle qu'en soit l'issue, quelques minutes ont suffi pour faire basculer deux destins. Un tout autre chapitre aurait été écrit si le directeur du Sofitel n'avait pas jugé crédible la version de son employée ou s'il avait tardé à appeler la police. Les portes de l'avion d'Air France se seraient alors fermées sur le passager VIP. Le Quai d'Orsay préfère ne pas imaginer quel casse-tête aurait déclenché à Paris une demande d'enquête américaine sur ce ressortissant français… Un délicat dossier diplomatique qu'il n'aura pas à traiter.

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Léon Jouhaux Fondateur de FO en 1948

  1879-1954


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Né en 1879, Léon Jouhaux est un jeune ouvrier anarchiste, travaillant à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers. À trente ans, le 12 juillet 1909, il est élu secrétaire général de la CGT. Il participe aux efforts des syndicats pour prévenir les deux guerres mondiales. Au début de la seconde, il s'installe à Marseille où il prend contact avec les syndicalistes de la zone occupée. Arrêté par la police de Vichy, il est livré aux Nazis en novembre 1942. Son statut politique lui permet d'échapper aux camps d'extermination ou aux stalags des prisonniers de guerre. Il est libéré par les Américains après deux ans et demi de captivité. Dans l'euphorie de la victoire et de la paix, l'heure est à l'unité et Léon Jouhaux représente pour de très nombreux travailleurs le père, le fédérateur, le rassembleur. Il reprend donc la tête de la CGT. Mais devant l'influence grandissante du PCF au sein de la Confédération syndicale, il démissionne en 1948 pour fonder la CGT-FO. La suite de sa carrière dépasse alors le cadre national. Il devient vice-président de la Fédération Syndicale Mondiale et délégué à l'ONU. Son engagement est couronné en 1951 par le Prix Nobel de la paix.